L’Immigration: Qu’ossa donne?

Revised version in English published in Policy Options here: https://policyoptions.irpp.org/magazines/july-2023/immigration-positive-negative/

Et une version révisée de la version française a été publiée ici: https://policyoptions.irpp.org/fr/magazines/juillet-2023/immigration-positif-negatif/

Pour certains, l’immigration est un problème – passeurs illégaux, menace à nos emplois et à notre culture – mais pour d’autres une solution à nos pénuries de main-d’œuvre et au vieillissement de la population. Ce débat ne fait que commencer car, il ne faut pas se leurrer, l’accroissement des inégalités mondiales et les changements climatiques vont continuer d’augmenter les pressions migratoires mondiales et l’afflux de gens à nos frontières. 

Pourquoi accueillir des immigrants? Qu’est-ce que ça nous apporte, outre augmenter notre offre culinaire? Le site web d’Immigration Canada parle de “faire croître l’économie par l’immigration”, le bénéfice le plus souvent entendu, mais ça c’est une vérité de la Palisse. Pour que nous bénéficions tous de l’immigration, il faut qu’elle augmente la taille de l’économie par habitant – communément mesuré par le Produit intérieur brut per capita. Ici, la réponse est moins positive et varie selon le type d’immigrants et leur capacité d’intégration. Il y a trois grands types d’immigrants. Les immigrants économiques, choisis pour leur capital humain et représentant 25% de tous nos immigrants, s’intègrent bien. Il leur faut moins de cinq ans après leur arrivée, en moyenne, pour faire aussi bien ou mieux sur le plan économique que la personne née au Canada. Leur impact sur le niveau de vie du Canadien moyen est donc négatif les premières années mais positif par la suite. Les personnes de leur famille qui les accompagnent ou qui viennent les rejoindre plus tard, représentant 60% des immigrants, ont plus de difficultés et prennent une à deux décennies avant de faire aussi bien que la personne née au Canada. Et, évidemment, ceux avec le plus de difficultés sont les réfugiés (15% des immigrants) qui, pour la plupart, n’atteindront jamais le niveau de vie du Canadien moyen. Bien que cela suggère que l’apport économique des immigrants au revenu per capita est plutôt négatif, nous n’avons parlé que de la première cohorte d’immigrants. Ce qui est merveilleux, c’est que les enfants et petits-enfants de ces immigrants feront, en moyenne, aussi bien que les vôtres. 

Certaines études suggèrent aussi que l’immigration et la diversité ont des effets induits positifs sur la capacité innovatrice de la société. Mais d’autres études sont nécessaires pour pouvoir valider ces impacts de manière plus précise. Il y a aussi les économies d’échelles apportées par une plus grande densité de population. Et non, l’immigration n’augmente pas la criminalité et n’a pas d’impact négatif important sur les salaires. C’est aussi vrai que les immigrants aident à combler certaines pénuries de main-d’œuvre à court terme, mais en créent aussi d’autres en augmentant la demande en éducation, soins de santé, habitation, etc.. Même chose pour le vieillissement. Les immigrants vieillissent aussi et sont souvent rejoints par leurs parents.  

Donc, est-ce que l’immigration est bonne ou pas bonne pour notre niveau de vie? En gros, l’immigration semble avoir un léger effet négatif sur notre niveau de vie à court terme (je n’inclut pas la richesse que la diversité peut apporter) et un impact légèrement positif à long terme. Cette conclusion n’est pas différente de celle du mémoire que Pierre Fortin a écrit pour le Ministère de l’immigration et intégration du Québec et de l’étude de Riddell, Worswick et Green publiée dans le magazine Options Politiques.

Nous devons toutefois remercier notre système de support, incluant notre système d’éducation, pour ces résultats qui sont, somme toute, assez bons. C’est grâce à eux si les immigrants réussissent à bien s’intégrer. Il est donc primordial que toute augmentation du nombre d’immigrants soit accompagnée par une hausse exponentielle des ressources allouées à leur intégration. À défaut de quoi, l’intégration sociale des immigrants sera beaucoup plus difficile, ce qui fera pencher la balance des impacts vers le négatif.    

Pourquoi alors accepter des immigrants? Tout suggère que les grands bénéficiaires sont les immigrants eux-mêmes, et moins la société qui les accueille. Accueillons les tout simplement pour des raisons humanitaires. Et arrêtons de penser que l’immigration est la solution ou la cause de nos problèmes. 

Mais avant de trop se louanger de notre accueil, il ne faut pas oublier que l’immigration appauvrit les pays d’origine de ces immigrants en leur enlevant souvent leurs meilleurs éléments. Ces personnes auraient sûrement préféré demeurer dans leur pays si les conditions avaient été meilleures. La solution pour vraiment aider ces gens, et ralentir le flux migratoire, est de limiter les changements climatiques et d’aider ces pays à développer de meilleures institutions. Mais ça, nous ne savons pas trop comment nous y prendre. Les expériences désastreuses en Irak et Afghanistan sont des exemples frappants de notre incapacité à bâtir des institutions. C’est là-dessus que nous devrions focaliser la recherche et la coopération internationale car c’est là que se trouve la vraie solution aux problèmes migratoires que bien des pays font face.


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