Inflation: Workers Bear Too Much Blame

(français plus bas)

[A revised version of this article was published in Policy Options: https://policyoptions.irpp.org/magazines/june-2023/inflation-blame-workers/]

Central bank governors are concerned about wage increases. Carolyn Rogers, Senior Deputy Governor of the Bank of Canada, notes: “If we continue to have above-average wage growth (…), it will be difficult to bring inflation down to 2%. Governor Tiff Macklem is asking Canadian Federation of Independent Business member employers to provide wage increases that are lower than inflation (see Sabrina Maddeaux’s tirade in the National Post). James Powell, Chairman of the Federal Reserve Board, the US central bank, blames strong wage growth as the main drag on the fight against inflation.

However, wages have grown more slowly than prices and the purchasing power of workers has declined in recent years. Between March 2021 and March 2023, consumer prices increased by 5.5% at an annual rate while wages only increased by 4.3%. Does the fight against inflation necessarily have to involve further reductions in the purchasing power of workers? I doubt.

Central banks are concerned about the wage-price-wage spiral that can be described as follows: strong economic activity increases the demand for workers, which generates higher wages; the latter increase production costs and force companies to raise their prices; these price increases encourage workers to ask for additional wage increases to maintain their purchasing power, which pushes companies to raise their prices further. And the spiral continues until the economy collapses under very high inflation and interest rates.

But this fear is based on questionable assumptions. The economic models of central banks assume that companies charge more to their customers only if their production costs (actual or anticipated) increase. If companies increase their prices more quickly, competition will quickly force them to bring their prices back in proportion to their costs or eliminate them. Only a current or anticipated fall in production costs, which are dominated by labor costs, can therefore bring prices down persistently. Any reduction in inflation must therefore go through a decline in wage growth.

This representation is not bad when the economy is competitive and profit margins relatively fixed, much like the CEOs of large grocery stores claimed in the House of Commons. But we know that the competition is rather weak when there are only 3 big grocery chains.

There is still much debate on this subject, but the bulk of the evidence suggests that companies adjust their prices according to the demand for their product. Businesses will charge as much as people are willing to pay. And only then adjust wages. There is a vast empirical literature (including Bank of Canada studies), the details of which I will spare you, which have long demonstrated that wages are determined by price changes, and not the other way around. This means that strong demand (relative to supply) is often associated with higher profit margins. A recent study by the Federal Reserve Bank of Kansas City suggests that more than half of the inflation observed in 2021 comes from an increase in profit margins.

Experience since the 2008-2009 recession has shown that central bankers have tended to overreact to wage pressures, unduly penalizing workers. As a result, several countries have recently added full employment goals to their central bank mandates and changed their governance to ensure that people from different backgrounds participate in monetary policy decisions. The recent agreement between the Government and the Bank of Canada on the monetary policy framework puts more emphasis on full employment but no significant changes to the Bank’s governance or mandate have been made. Our system where monetary policy decisions are concentrated in the hands of the Governor is quite unique among advanced countries. For example, in New Zealand, and in many other countries, monetary policy decisions are made by a committee half of which is made up of people from outside the Central Bank, at least one of whom is a union representative .

Central bankers are right to want to slow the economy to stabilize inflation. But they should avoid focusing too much on salaries to inform their decisions. The only way for workers to regain the purchasing power they have lost is to obtain, at some point, wage increases that exceed the growth in prices. An excessive or preemptive rise in interest rates that would hinder this catch-up could negatively affect workers.

————————————————————————–

L’Inflation: les travailleurs ont le dos large

[Une version révisée de cet article a été publiée dans Options Politiques: https://policyoptions.irpp.org/fr/magazines/june-2023/inflation-travailleurs-marge-profit/

Les gouverneurs des banques centrales s’inquiètent des hausse salariales. Carolyn Rogers, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, note :”si nous continuons d’avoir une croissance des salaires supérieure à la moyenne (…), il sera difficile de ramener l’inflation jusqu’à 2 %. Le gouverneur, Tiff Macklem, demande aux employeurs membres Fédération canadienne des entreprises indépendantes d’accorder des hausse salariales plus faibles que l’inflation (voir la tirade de Sabrina Maddeaux dans le National Post). James Powell, président de la Federal Reserve Board, la banque centrale américaine, accuse la forte croissance des salaires d’être le principal frein à la lutte contre l’inflation. 

Pourtant les salaires ont crû moins vite que les prix et le pouvoir d’achat des travailleurs a diminué au cours des dernières années.  Entre mars 2021 et mars 2023, les prix à la consommation ont augmenté de 5.5% en rythme annuel alors que les salaires n’ont crû que de 4.3%. Est-ce que la lutte à l’inflation doit nécessairement passer par d’autres baisses du pouvoir d’achat des travailleurs? J’en doute. 

Les banques centrales s’inquiètent de la spirale salaire-prix-salaire qu’on peut décrire ainsi: une forte activité économique hausse la demande de travailleurs, ce qui génère des hausse salariales; ces dernières augmentent les coûts de production et forcent les entreprises à augmenter leur prix; ces hausses de prix encouragent les travailleurs à demander des hausses de salaire additionnelles pour maintenir leur pouvoir d’achat, ce qui pousse les entreprises à augmenter leurs prix davantage. Et la spirale continue jusqu’à ce que l’économie s’écroule sous des taux d’inflation et d’intérêt très élevés. 

Mais cette crainte est basée sur des a priori discutables. Les modèles économiques des banques centrales supposent que les entreprises chargent plus cher à leurs clients seulement si leurs coûts de production (réels ou anticipés) augmentent. Si les entreprises augmentent leur prix plus rapidement, la concurrence va vite les forcer à ramener leur prix en proportion de leurs coûts ou les éliminer. Seule une baisse actuelle ou anticipée des coûts de production, qui sont dominés par les coûts de main-d’œuvre, peut donc faire baisser les prix de manière persistante. Toute réduction de l’inflation doit donc passer par une baisse de la croissance des salaires. 

Cette représentation n’est pas mauvaise lorsque l’économie est concurrentielle et les marges bénéficiaires relativement fixes, un peu comme le clamaient les PDG des grandes épiceries devant les députés. Mais on sait que la concurrence est plutôt faible quand il y a seulement 3 grosses chaînes d’épicerie. 

Il y a encore bien des débats sur ce sujet mais le gros de l’évidence suggère plutôt que les entreprises ajustent leur prix en fonction de la demande pour leur produit. Les entreprises vont charger autant que les gens sont prêts à payer. Et seulement par la suite, ajuster les salaires. Il y a une vaste littérature empirique (incluant des études de la Banque du Canada), dont je vous éviterais les détails, qui démontre depuis longtemps que les salaires sont déterminés par les variations des prix, et non l’inverse. Ceci signifie qu’une forte demande (relativement à l’offre) est souvent associée à une hausse des marges de profits. Une récente étude de la Federal Reserve Bank of Kansas City suggère d’ailleurs que plus de la moitié de l’inflation observée en 2021 provient d’une hausse des marges de profits.  

L’expérience depuis la récession de 2008-2009 a démontré que les banquiers centraux ont eu tendance à réagir trop aux pressions salariales, pénalisant indûment les travailleurs. Par conséquent, plusieurs pays ont récemment ajouté des objectifs de plein-emploi au mandat de leur banque centrale et modifié leur gouvernance pour s’assurer que des gens de différents milieux participent aux décisions de politique monétaire. Le récent accord entre le Gouvernement et la Banque du Canada sur le cadre de politique monétaire met plus l’emphase sur le plein emploi mais aucun changement important à la gouvernance ou au mandat de la Banque n’a été apporté. Notre système où les décisions de politique monétaire sont concentrées dans les mains du Gouverneur est assez unique parmi les pays avancés. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, et dans bien d’autres pays, les décisions de politique monétaire sont prises par un comité dont la moitié est composé de gens de l’extérieur de la Banque centrale, dont au moins un est un représentant syndical.     

Les banquiers centraux ont raison de vouloir ralentir l’économie pour stabiliser l’inflation. Mais ils devraient éviter de trop focaliser sur les salaires pour informer leurs décisions. La seule façon pour les travailleurs de reprendre le pouvoir d’achat qu’ils ont perdu est d’obtenir, à un moment donné, des hausses salariales supérieures à la croissance des prix. Une hausse trop forte ou préemptive des taux d’intérêt qui nuirait à ce rattrapage pourrait négativement affecter les travailleurs.


Posted

in

by

Tags:

Comments

Leave a comment